Raphaël Pascual : comment Saint-Quentin a préparé deux saisons à la fois

Raphaël Pascual coachait en N2 en 2024-25, en N1 en 2025-26, et a signé en juin à Saint-Quentin pour l’Élite 2… avant le fol été du club qui, suspendu au destin de Monaco, a été repêché en première division.

Raphaël Pascual

Quand Raphaël Pascual signe à Saint-Quentin, le projet sportif se prépare pour l’Élite 2. Le club sort d’une saison difficile et veut reconstruire. La situation de Monaco est connue, mais elle n’est alors « pas du tout un élément déterminant » dans la décision du technicien.

À la fin du mois de juin, Pascual, tout juste devenu père, se réunit avec le président Thomas Carlier et le manager général Anthony Ottou. Tous trois doivent décider s’ils construisent immédiatement un effectif pour l’Élite 2 ou s’ils préservent la possibilité d’un repêchage en Betclic Élite. La suite, il nous la raconte.

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Si vous deviez résumer l’été du SQBB en un mot ?

Abnégation.

Recontextualisons : quand vous signez à Saint-Quentin, c’est pour l’Élite 2 ?

Oui, et c’est surtout pour un projet. Le SQBB sort d’une saison douloureuse et cherche à bâtir. La situation de Monaco est évoquée mais ça n’est alors pas du tout un élément déterminant.

Il le devient ensuite, et démarre l’attente ?

Fin juin, je viens d’être papa depuis quelques heures, et avec le président (Thomas Carlier) et le GM (Anthony Ottou), on se réunit pour définir notre position face au cas monégasque – avant même de savoir que ça va durer. On reconstruit tout de suite ou on s’autorise à tenir bon, ne pas hypothéquer un potentiel repêchage en avançant trop loin dans notre reconstruction en Élite 2 ? Parce qu’en Betclic Élite, on peut recruter trois Américains de plus. Et on est tous les trois alignés sur le fait que pour Saint-Quentin, la Betclic Élite est un héritage que l’on se doit de défendre. On a voulu maintenir cette porte ouverte. Pour ça, il a fallu faire preuve de patience, combattre l’environnement des joueurs, leurs représentants, qui parfois nous pressaient pour essayer de nous faire prendre des décisions plus rapidement.

Au fil de l’été, vous avez fait et refait l’équipe dans votre tête ?

Oui, parce que c’est une équation à plusieurs variables. À chaque communication de Monaco, on avait des joueurs qui disparaissaient de nos scénarios, à l’inverse parfois on ajoutait des noms. En parallèle, on voyait des joueurs qu’on avait ciblés signer ailleurs. Ç’a été notre sudoku tout l’été : coucher un nom, deux, trois, puis tout effacer et repartir de zéro.

Il a tout de même fallu démarrer le recrutement ?

En entretien, on disait aux joueurs : « Voilà notre contexte, ton profil nous intéresse pour les deux divisions, avec un rôle potentiellement différent, est-ce que tu signes pour ces deux rôles ? » Les joueurs ont adhéré.

Démarrer la préparation n’était-il pas surréaliste ?

Ça n’est plus surréaliste parce que ça devient ton quotidien. D’autant qu’avec les départs en sélections nationales de JP (Dally) et Shekinah (Munanga), on s’est retrouvé une bonne partie de la prépa avec trois pros, deux aspirants, deux partenaires d’entraînement, deux U21 et deux U18. Je doute qu’un club de LNB ait déjà connu pareille reprise !

Un projet ambitieux mais payant

Le 31 août, date du repêchage du SQBB, que ressentez-vous ?

Toute autre décision qu’un repêchage nous aurait renvoyé à la situation sportive de la mi-juin mais en ayant perdu deux mois et demi, donc c’est la satisfaction d’être récompensé de cette stratégie, de cette audace de tout un club.

L’audace vient-elle du fait que le président, le GM et vous-même soyez novices à ce niveau ? Y a-t-il une forme d’insouciance de la jeunesse ?

Il faut garder énormément d’humilité, et on n’en manque pas, malgré ce fou challenge de se lancer dans l’ascension de l’Everest en partant un mois après tout le monde, avec le plus petit budget et l’équipement le plus léger. On sait bien l’ampleur de la tâche. Simplement, ce qui va commander le niveau d’efforts pour exister, ça ne sera pas les excuses liées à notre intersaison et notre rang économique. On choisit de ne pas faire de complexe d’infériorité et d’y mettre tout ce qu’on a. Effectivement, il y a peut-être ce côté impétueux de la jeunesse, du challenge. Ça n’a jamais été fait, donc pourquoi pas nous ?

Vous d’ailleurs, qui avez officié une décennie au TOAC à Toulouse, faisant grandir le club jusqu’à la N2 avant de rejoindre Berck en N1 la saison dernière, aviez-vous l’envie de coacher dans le monde pro depuis longtemps ?

Il y a deux éléments. Le premier, je pense être un homme de défis. J’ai toujours souhaité occuper des postes stratégiques dans des clubs n’ayant pas les plus hauts moyens, et à chaque fois que j’ai l’impression de tutoyer les limites d’un projet, je préfère m’en émanciper pour aller au-delà. À Toulouse, on a connu une ascension fantastique et une fois qu’on a poussé au maximum, je suis parti à Berck. Là, j’ai essayé de voir si on pouvait aller plus haut, mais ça n’est pas économiquement viable pour l’instant pour l’ABBR, donc j’ai cherché des projets en LNB. Le deuxième élément, c’est que j’ai les deux pieds dans le présent, et pas de plan de carrière.

Un double-projet au coeur de l’été

Le club a-t-il demandé à reporter ses premiers matches de championnat ?

En ayant une réponse début septembre sur notre engagement et au regard des procédures de visa, avec un premier match le 25 septembre, on se doute que tous nos joueurs ne seront pas présents. On a fait une demande à la LNB pour déplacer nos premiers matches. La réponse m’a surpris. Probablement qu’on a dû mal se faire comprendre, mais on nous a expliqué qu’on devait participer au premier tour de Coupe de France la semaine prochaine – comme aucun autre club de Betclic Élite ! Donc on va arrêter de demander qu’on puisse considérer notre intersaison particulière parce que j’ai l’impression que c’est mal compris par nos instances…

Devenir père, au sein d’une intersaison folle : cet été, vous avez pu dormir un peu ?

Pour ce genre d’ascension sportive, il faut s’assurer des joueurs et du staff qu’on choisit ; pour le défi de la parentalité, il faut s’assurer d’avoir quelqu’un qui nous soutient et nous porte. J’ai la chance d’avoir avec moi une personne qui a su me donner l’énergie et la confiance nécessaires. Il y aurait probablement eu moins d’audace de ma part si je n’avais pas eu la personne parfaite à mes côtés pour mener ce double-projet.

Lire le Maxi Basket n°11 (septembre/octobre 2026)

Propos recueillis dans MaxiBasket n°11 par Yann Casseville. Entretien réalisé le 5 septembre 2026.

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